La feuille de route

Face à une situation de crise sans précédent, l’objectif des Etats Généraux de l’Interprofession  Bétail et Viande était de partager un constat, de définir des problématiques, et de proposer des actions à mener. La feuille de route suivante servira de fil directeur, pour bâtir un plan d’actions filière à différentes échéances.

Les propositions énoncées dans le document qui suit sont tantôt des actions concrètes, tantôt des pistes de réflexion à expliciter. Il restera à définir au niveau interprofessionnel pour chaque enjeu un plan d’actions précis. 

NB : certaines propositions d’actions recouvrent parfois des chantiers déjà engagés au niveau interprofessionnel, par certaines organisations nationales ou autres organismes.

Certains enjeux concernent particulièrement un maillon de la filière : production, transformation, distribution. D’autres sont plus transversaux : renouvellement des générations, contractualisation, export, règlementation, communication… Il existe des connexions entre les enjeux.


I. placer le consommateur au cœur de la stratégie de la filière

Améliorer la compréhension des clients en simplifiant l’offre

  • Instaurer une nouvelle sémantique / dénomination des morceaux en rayon libre-service, avec des recommandations d’utilisation en termes clairs et simples pour le client,
  • Faire de l’étiquette non pas un support technique / règlementaire, mais un support consumériste, utile et simple, conforme aux attentes du client, 
  • Assurer une information au consommateur sur le pays d’origine de la viande quel que soit son mode de préparation et de consommation.

Mieux valoriser l’ensemble des gammes 

  • Raisonner chaque gamme comme un segment stratégique, en mettant en avant le steak haché pur viande.

Reconquérir des parts de marché en restauration hors domicile

  • Renforcer les actions de communication en RHD commerciale, maintenir l’affichage de l’origine des viandes, 
  • Développer un travail de lobbying auprès des élus, qui peuvent influer sur les choix de restauration collective,
  • Rechercher un produit mieux adapté à la demande (découpe, emballage),  apportant du service au client, 
  • Modifier les règles des marchés publics pour être plus en phase avec la réalité de la filière et de la demande.

Accroître le niveau de régularité qualitative et apporter une réassurance tendreté au client 

  • Faire de la maturation et de son bénéfice tendreté, une promesse de consommation valorisante pour le produit, et mieux expliquer les avantages de la maturation ainsi que ses conséquences (couleur).

II. redonner de la compétitivité au maillon « abattage et découpe »

Optimiser les coûts de fonctionnement du maillon « abattage et découpe » 

  • Accélérer le traitement des dossiers visant à limiter la surenchère sanitaire franco-française dans l’interprétation de la règlementation européenne,
  • A propos des taux de saisie : mettre en place une remontée d’information sur les motifs de saisie d’abats pour l’éleveur ou l’abatteur ; améliorer les pratiques des éleveurs pour réduire les taux de saisies ; harmoniser les pratiques entre abattoirs,
  • A propos des cuirs : proposer un système de traçabilité des peaux ; favoriser la concurrence entre les fabricants de vaccins ; encourager les stratégies d’entreprises qui valorisent le cuir en améliorant la qualité ; donner une image au cuir français,
  • Disposer d’indicateurs économiques permettant de mieux percevoir la répartition de la valeur, notamment à une échelle européenne, 
  • Objectiver les coûts de l’équarrissage des animaux trouvés morts en ferme. 

Encourager l’innovation

  • Remettre à plat le système de recherche fondamentale et de R&D appliquée au service de la filière en engageant une évaluation de l’efficacité du système actuel et en déclenchant une réflexion sur la fusion des centres de ressources entre les filières viande,
  • Renforcer la capacité du système à mobiliser des financements R&D, notamment au niveau de la future Banque Publique d’Investissement en rédigeant conjointement un guide à destination des entreprises sur les aides qui existent, et en désignant les interlocuteurs référents pour les industries alimentaires ou spécifiques à la filière viande,
  • Rendre mobilisables des moyens pour créer un fonds, facilement utilisable, soutenant l’innovation dans les entreprises, 
  • Mettre en œuvre une veille technologique sur les innovations à l’étranger et dans les autres filières viande,
  • Mener des travaux de R&D dans le but d’améliorer le niveau de praticité du produit.

Se libérer des freins à la compétitivité, en appliquant les mêmes règles du jeu pour tous les outils d’abattage 

  • Appliquer des règles uniformes et des soutiens équitables quelles que soient la taille et la localisation des entreprises d’abattage et de découpe.

III. enrayer la décapitalisation du cheptel en s’appuyant sur l’éleveur « actif »

Obtenir des soutiens spécifiques à l’élevage dans le cadre de la PAC 

  • Activer les possibilités de recouplage spécifique pour l’élevage des herbivores : une « aide à la femelle productive »,
  • Des « DPU hors sol » pour les élevages détenant très peu de surface. 

Sécuriser l’autonomie fourragère à travers la PAC 

  • Eviter l’interdiction de retournement des prairies dans le cadre des mesures de verdissement (PAC 1er pilier),
  • Soutenir les systèmes polyculture – élevage par le biais de mesures agri-environnementales (PAC 2° pilier)
  • Dans le cadre de la convergence des aides attribuées au prorata de la surface agricole, attribuer en France une aide à l’hectare supérieure pour les surfaces fourragères (y compris la surface de céréales autoconsommées),
  • Mettre en place une assurance récolte pour les productions fourragères, au même titre que celle existant pour les céréales, en mobilisant des aides du 2° pilier et un cofinancement public.

Maintenir l’élevage dans les zones intermédiaires, où le risque d’abandon de l’élevage au profit des cultures est le plus fort 

  • Ne pas modifier les critères socio-économiques qui permettent de définir les zones défavorisées simples,
  • Veiller au maintien de toutes les mesures afférentes au classement en zones défavorisées simples. 

Moderniser et innover dans le secteur de la production 

  • Via le 2° pilier de la PAC, proposer des aides à l’investissement mieux orientées et favoriser des systèmes durables ; encourager les économies d’énergie, ne pas réserver les aides aux investissements matériels, les élargir à l’amélioration des systèmes d’élevage, du niveau génétique du troupeau, de l’alimentation…
  • Envisager le développement de la production d’énergies renouvelables,
  • Mener un travail de caractérisation de la demande  en organisant la concertation avec les principaux acteurs de la demande  et en s’appuyant sur des éléments déjà existants, puis :
    • orienter la production grâce à des signaux économiques (modifier les grilles de paiement),
    • trouver une instance ad hoc pour discuter des orientations génétiques allaitantes, impliquer d’avantage l’aval de la filière, poursuivre les efforts de recherche en matière de génomique, développer l’utilisation de la génétique allaitante actuelle,
    • sur le troupeau laitier, encourager l’utilisation de paillettes sexées, la finition des vaches de réforme, le croisement industriel.
  • Repérer des systèmes de production innovants, conduire de vastes expérimentations terrain pour produire des références sur des nouveaux schémas de production, dans lesquels la rentabilité économique est assurée,
  • Assurer la prise en compte des besoins des filières viandes dans les orientations des programmes financés par le PEI (Partenariat Européen d’Innovation) ; inciter les instituts techniques à être plus présents à Bruxelles pour bénéficier de ces financements, et à intervenir en appui aux évolutions mentionnées ci-dessus.

Valoriser la fibre entrepreneuriale des éleveurs 

  • Activer les aides du 2° pilier de la PAC pour la formation, les échanges en groupes d’éleveurs, les voyages d’études, les échanges internationaux ; améliorer la diffusion des résultats et des informations auprès des éleveurs et des conseillers de terrains,
  • Favoriser le développement et le financement des groupements d’employeurs,
  • Lever les freins à l’augmentation de la taille des ateliers bovins en mettant en place des aides au montage de dossiers ICPE (installations classées), en faisant évoluer le seuil de la règlementation, et en encourageant les regroupements sociétaires.

IV. développer les synergies entre les maillons de la filière

Lisser les aléas des marchés en maintenant un cadre de régulation (OCM unique)

  • Attribuer systématiquement à la viande le statut de «produit sensible» dans les négociations commerciales internationales, conserver la protection tarifaire afin d’amortir la volatilité des marchés mondiaux ;limiter l’attribution de nouveaux contingents à droits réduits ou nuls ; conserver la possibilité de mettre en œuvre des restitutions en cas de dumping des grands concurrents tiers (dévaluation, crédits export, etc…),
  • Prévoir un budget européen spécifique pluriannuel (période 2014-2020) pour les mesures de gestion de crise.

Améliorer la transparence et la connaissance de l’offre et du marché 

  • Mieux valoriser les données existantes à une échelle interprofessionnelle, pour anticiper collectivement les sorties d’animaux, et gérer les déficits ou les excédents, envisager des réponses fortes et concertées en cas de besoin. (ex : proposer des rendez-vous réguliers au sein d’Interbev pour partager l’information, en faire l’interprétation collectivement et réagir en cas de besoin).

Repenser la contractualisation comme un outil de sécurisation de la filière, face à une grande volatilité des prix 

  • Favoriser la contractualisation de l’amont à l’aval : tout au long de la filière jusqu’à la distribution, entre éleveurs et céréaliers,
  • Mettre en place des outils de sécurisation pour faciliter l’engagement prix / volumes (caisse de sécurisation, subvention aux assurances) en obtenant une évolution du projet de réforme de la PAC sur les outils proposés dans le 2° pilier,
  • Définir le rôle de l’interprofession dans la contractualisation.

V. développer l’export

Favoriser l’élargissement des débouchés en attaquant des marches export UE et pays tiers

  • Assurer l’harmonisation des normes sanitaires, environnementales et sur le bien-être animal des exportateurs au niveau international,
  • Jouer la collaboration européenne pour négocier les ouvertures de marchés tiers,
  • Réduire les freins administratifs en faisant évoluer le rôle de l’administration dans ce domaine en passant d’une politique de contrôle/sanction à un accompagnement constructif, en améliorant la coordination des services de l’Etat et en accélérant la mise en œuvre des directives nationales au niveau local, sans différences d’interprétation,
  • Renforcer la capacité des opérateurs à être présents sur une palette de marchés en  adaptant les taux de couverture des assurances-export  à la spécificité du marché de la viande, en aidant les opérateurs à se doter d’une force commerciale qualifiée, en donnant des informations économiques aux opérateurs et en sécurisant l’accès aux données vis-à-vis des opérateurs internationaux,
  • Clarifier la stratégie interprofessionnelle vis-à-vis du commerce extérieur.

VI. faire évoluer les règlementations

Se libérer d’une règlementation trop coûteuse, harmoniser les règlementations européennes et leurs applications nationales 

  • Réaliser un travail de lobbying, avec à l’appui, un argumentaire chiffré sur les surcoûts engendrés par les contraintes règlementaires,
  • Suivre attentivement les problématiques liées à l’évolution du statut ESB de la France vers le statut indemne / à risque négligeable,
  • En France, éviter la surenchère dans l’interprétation nationale des règlementations européennes,
  • Maintenir un cadre national pour la définition française du règlement de développement rural de la future PAC,
  • Faire pression pour une harmonisation européenne des règlementations, notamment sociales et fiscales, dans les filières viandes.

VII. renouveler et former les hommes et les femmes de la filière

Engager un programme de recrutement et de formation 

Recruter :

  • Répondre aux besoins urgents de la filière par les reconversions en engageant un travail auprès des prescripteurs de la formation professionnelle continue (Pôle Emploi, les Conseils Régionaux…), avec pour message  : le nombre d’emplois disponibles, l’intérêt territorial, les plans de carrières, les revenus, des fiches métiers, et en proposant un parcours de formation,
  • Assurer le recrutement de la filière sur le long terme : en matière de formation générale initiale, engager un travail auprès de l’Education Nationale, en collaboration avec d’autres filières agricoles, pour mutualiser les efforts ; faire évoluer la perception de l’enseignement technique ; développer des supports de communication (fiches métiers) ; agir auprès des conseillers d’orientation, des dirigeants d’établissements, organiser une rencontre avec le Ministre de l’Education Nationale,

Former :

  • Faire évoluer et moderniser les formations techniques et professionnelles pour recruter du personnel opérationnel et performant en communiquant positivement sur les métiers, en réalisant un audit sur les formations en place et en déduire les actions à mettre en œuvre, en mettant en avant la finalité de l’enseignement (des contenus de cours plus pragmatiques,  adaptés au contexte professionnel, en développant l’apprentissage, les stages, et s’adapter aux élèves),
  • Conforter, coordonner et valoriser certaines actions en place.

Faciliter l’installation de nouveaux éleveurs et de nouveaux bouchers 

  • Améliorer la connaissance des cédants et les mettre en relation avec les candidats à l’installation ;  encourager la transmission progressive en utilisant les possibilités du « contrat de génération »,
  • Soutenir la proposition de majoration des aides pour les jeunes agriculteurs,
  • Mettre en place un fonds d’investissement ou une caution interprofessionnelle pour faire face au fort besoin d’investissement initial,
  • Faciliter l’accès aux aides financières locales qui existent,
  • Encourager les formes sociétaires, le fermage ou la location pour limiter l’investissement initial,
  • Améliorer la visibilité économique à moyen terme (cf. enjeux sur la contractualisation – IV).

Générer des projets d’installation durables, basés sur des schémas d’avenir

  • Fournir davantage d’informations techniques et économiques aux Points Info Installation et aux organismes responsables du développement de l’artisanat (ex : des cas types de systèmes viables et vivables),
  • Encadrer, suivre les projets : parrainage, groupes d’échanges, appui technique et économique, formation de type chef d’entreprise.

VIII. communiquer positif !

Positiver nos métiers, pour créer l’envie de s’engager dans la filière, rappeler son rôle social et économique 

  • Rendre visible le potentiel métier de la filière pour créer une demande spontanée : les places vacantes dans la filière, la féminisation des métiers ; cibler les populations urbaines ; montrer des perspectives en termes de revenu,
  • Adapter le message et les supports à la diversité des interlocuteurs : les potentiels candidats à l’installation, les prescripteurs (écoles, conseillers d’orientation, pôle emploi)…
  • Dans l’objectif de communiquer sur le produit, faire passer le message « L’élevage c’est bon pour la France » (1 éleveur = X emplois).

Repositionner les valeurs du produit viande dans sa communication 

  • Remettre la viande au cœur du projet alimentaire des Français, au cœur du repas en communiquant sur « l’incontournabilité » de la viande avec une approche sociologique (la viande comme un élément constitutif de la culture à la française),
  • Rappeler les qualités nutritionnelles de la viande avec une communication du type « X portions de viande par jour / par semaine », et en lançant un chantier inter-interprofessionnel produits carnés,
  • Mieux exploiter la variété des produits existants en communiquant sur l’idée qu’il est possible de varier ses repas grâce à la diversité des productions de viande française (ex « du bœuf / du veau / de l’agneau différent tous les jours, c’est possible ! »),
  • Affirmer la naturalité du produit viande en communiquant sur l’alimentation des ruminants et les modes d’élevage en toute transparence et en valorisant les aspects positifs sur l’environnement,
  • Affirmer le niveau de sécurité du produit viande en engageant une communication de réassurance, et en valorisant la règlementation sanitaire vis-à-vis du consommateur français.

Pouvoir accéder à des cofinancements sur la promotion 

  • Rendre possible le cofinancement des campagnes de promotion des viandes européennes sur le marché européen sans obligation de signe officiel de qualité,
  • Pour accéder à ces cofinancements sur le marché de l’UE ou dans les pays tiers, encourager la simplification administrative du montage des dossiers de demandes financières,
  • Pouvoir promouvoir le produit français sur le marché national.